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    Le Père Michel Jaouen : Interview Michel Jaouen

    Le Père Michel Jaouen

    Interview

    Nous avons interviewé le Père Michel Jaouen, chez lui à Paris, début novembre, spécialement pour ce petit journal à votre attention.

    DB (*) :

    Vous vous occupez depuis longtemps de jeunes en difficulté. Est ce qu’il y a une méthode Jaouen ? Ou est ce que c’est la non-méthode qui constitue la méthode ?

    MJ :

    je suis le plus naturel possible. C’est à dire que j’essaie de leur faire comprendre qu’il faut être comme tout le monde, qu’ils ne sont pas des individus à part, qu’ils ne sont pas une race à part, qu’ils n’ont pas besoin de soins particuliers et qu’ils doivent arriver à vivre avec tout le monde, à se laisser contaminer par les autres. Plus on mélange les gens, mieux ça vaut. Parce que c’est une forme de racisme comme une autre de les sélectionner, de faire des rassemblements grégaires. Si vous les rassemblez entre eux, de quoi voulez vous qu’ils causent ? Ils ne peuvent parler que du prix de la drogue, des endroits où on en trouve. Il faut qu’ils arrivent à avoir un bon sujet de conversation et d’autres motivations.

    DB :

    qu’attendez vous de cette contamination des uns par les autres ?

    MJ :

    à l’occasion, il y en a à qui ça peut donner un coup de pied au c.., voir des gens autour d’eux qui travaillent ou qui ont travaillé. Ils vont se dire : bon, il faut que j’y aille. C’est ce que je leur dis quand on arrive en Martinique : vous avez mangé, vous avez dormi, vous nagez, vous plongez, vous êtes en bonne santé et bien maintenant, au boulot ! l’humanité moyenne est au boulot ! on ne va pas vous garder en vacances toute votre vie sous prétexte que vous vous droguez !!

    DB :

    depuis 50 ans vous vous occupez des autres. Que pensez vous des jeunes de maintenant ?

    MJ :

    je les trouve un peu mous. Ils attendent tout, que tout vienne, que tout arrive. Ils sont trop pris en charge, ça c’est mauvais. Le problème pour nous c’est de nous séparer de nos équipages, d’arriver à ce qu’ils se réinsèrent et s’assument en adulte.

    DB :

    d’où vient cette mollesse de la jeunesse d’aujourd’hui ?

    MJ:

    D’un socialisme mal foutu, du RMI entre autre. Toute cette prise en charge, c’est malsain. Le RMI, c’est une drogue, il y a accoutumance au RMI, quand on met les pieds dedans, il faut s’en sortir. Ils ont les allocations logement, pas de charges sociales, pas d’impôts, ils font un peu de noir, c’est excellent, prenez un papier et un crayon et faites le compte. Les 2500 F du RMI, en fin de compte, c’est de l’argent de poche. Le problème dans le RMI c’est le I, l’Insertion car si elle ne se fait pas, le RMI, c’est dangereux !

    DB :

    la jeunesse se drogue elle toujours, et de la même manière ?

    MJ :

    à l’heure actuelle, les toxicomanes sont des gens de 25/30 ans. Les 18 ans toxico-manes, ne sont plus les mêmes. Ils prennent plutôt de l’ ecstasy. Il y en a qui abusent certainement avec ça, mais c’est pas pareil. Ça se prend le plus sou-vent pour une soirée, un week-end, en tous cas, pas systématiquement tous les jours. Ils ne sont pas paumés de la même manière, souvent ils travaillent la semaine. Ce n’est pas le même genre de clientèle qui s’envoie de l’héroïne tous les matins. Et ceux là, ça tend, à disparaître bien que le fond du problème reste le même : la drogue n’est pas le problème. C’est pourquoi ils se droguent.

    DB :

    ?

    MJ :

    le Subutex est venu changer la situation. Maintenant, avec une ordonnance médicale, vous avez du Subutex gratuit, et en fait de défonce, c’est pareil. Théoriquement, vous en obtenez avec un plan de désintoxication qui fait que petit à petit vous devriez diminuer les doses, mais vous avez évidemment des déviations, des gens qui en prennent comme une drogue et qui n’essayent pas de s’en détacher quand ils n’en font pas commerce !

    DB :

    le Bel Espoir navigue sans cesse avec des dizaines de passagers stagiaires, le chantier emploie une vingtaine de jeunes, l’île Stagadon accueille des groupes pendant les mois d’ été, vous avez même ouvert un Cyber Café à disposition du voisinage. Comment êtes vous financés, qui vous aide ?

    MJ :

    Tous ceux qui embarquent, passent du temps sur Stagadon ou utilisent notre structure Cyber Café, Pub, cantine participent aux frais, le plus bas possible, mais un minimum. Dans le cadre du chantier d’insertion, il y a certaines prises en charge par les institutions, au niveau des rémunérations de stagiaires. Mais c’est tout, c’est seulement au niveau professionnel. Au niveau du bateau, ce sont les particuliers, uniquement les particuliers, qui nous aident grâce à leurs dons. Heureusement l’argent finalement arrive. Les gens donnent, les français sont prêts à donner, à condition de savoir où ça part, parce qu’ils ont vu trop d’escroqueries, et effectivement, il y en a trop.

    DB :

    On vient de fêter vos 80 ans. Vous êtes en pleine forme. Allez vous encore repartir ?

    MJ :

    Pourquoi pas ? le Bel Espoir repart en décembre et je suis à bord, comme d’habitude.

    DB :

    Votre objectif était de terminer le RARA AVIS fin de l’année 2000, afin qu’il reprenne la mer avec le Bel Espoir. Vous en êtes loin, comment expliquez-vous cela ?

    MJ :

    L’objectif, c’est n’est pas que ça aille vite. Plus ça traine, mieux c’est, car ça occupe 20 jeunes qui sinon seraient au RMI. Et puis, ils ont plein d’autres choses à faire, ils passent du chantier au Bel Espoir et vice versa, ils ont eu des groupes à bord, ils sont partis à Ouessant, Camaret, à Brest, ils les ont amenés à Stagadon et y sont restés plusieurs jours. Et puis ils ont été piégés par la prépara-tion de l’anniversaire, et pendant ce temps le chantier ne travaillait pas. Mais c’est pas grave, ils sont là pour apprendre, ça ou autre chose, c’est pareil, et rien que d’arriver à les faire se lever le matin c’est extraordinaire.

    (*) Delphine Bolleret , Journaliste Reporter d’Images, est une proche de Michel Jaouen et amie de l’AJD.

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